Pour ses 50 ans, l'Ancre s'offre un écrin et se tourne vers l'avenir

Mardi 24 Janvier 2017 - 08:23

En 2017, le théâtre de l'Ancre aura 50 ans. Pouvait-on rêver plus beau cadeau pour cet anniversaire que le projet architectural récemment dévoilé ? En 2014, l'Ancre se voyait octroyer une aide exceptionnelle de la Wallonie pour permettre ce développement architectural et la création de sa nouvelle salle de spectacle, en poursuivant un objectif de performance au niveau énergétique. Parallèlement, la Ville de Charleroi rachète les deux bâtiments voisins du théâtre (rue de Montigny 120 et 124) et ceux situés aux numéros 12 et 16 de la rue d’Assaut.

Le patrimoine immobilier de L’Ancre (à savoir le bâtiment situé rue de Montigny 122) lui sera également cédé dans les mois à venir. Les prochaines grandes étapes du processus seront le lancement des études architecturales au premier semestre de cette année, suivies de la demande du Permis d’Urbanisme et d’Environnement au second semestre 2017. Les travaux quant à eux devraient être réalisés en 2019 et 2020. L'ensemble du projet représente un montant de 7.100 000 €

Le constat

Si la situation géographique de l'Ancre présente de nombreux avantages et que son jardin est devenu, au fil du temps, un rendez-vous festif lors de l'ouverture et de la clôture de ses saisons artistiques, les lieux actuellement occupés, rue de Montigny et rue D'Assaut ont atteint leurs limites. La taille de la scène est restreinte, la capacité d'accueil de la salle est trop limitée, les loges sont froides en hiver et les comédiens y étouffent en été, la circulation est difficile dans le théâtre, les bureaux du personnel ne sont plus adaptés...et ce ne sont là que quelques points noirs rencontrés au quotidien. De même, le bâtiment de la rue D'Assaut, destiné à accueillir des artistes en résidence, est vétuste. L'ensemble, en tous cas, ne joue guère en la faveur d'un théâtre dont la réputation et les créations rayonnent aujourd'hui bien au-delà de Charleroi.

Le projet

Choisie au terme d'un marché public d'architecture, la proposition de développement architectural due à l'équipe représentée par le bureau L'Escaut s'attache à l’ensemble de ces problèmes d’infrastructure et de fonctionnement : taille du plateau de la grande salle, capacité d’accueil du public accrue, possibilité d’utiliser deux salles de spectacle simultanément, meilleure circulation des publics et des artistes dans l’infrastructure, installations énergétiques optimales, utilisation conjointe des divers espaces de répétition et de travail, espaces de bureaux en adéquation avec les besoins et la taille de l’équipe, accès aisé aux PMR… De plus, d’un point de vue urbanistique, l’Ancre va pouvoir asseoir son image et devenir un repère dans la ville. Le bâtiment sera reconnaissable et surtout, il sera vu tant du ring que des habitants et des usagers du quartier. Cette nouvelle infrastructure devrait contribuer à une réelle redynamisation de la Porte Est de la Ville, tout comme l’Hélios récemment rénové et le futur projet River Towers.

Un outil fonctionnel

Les priorités des concepteurs du projet ont été de profiter de la déclivité de la rue D'Assaut. Celle-ci aurait pu représenter une difficulté, or les architectes ont choisi d'en exploiter, au contraire, les avantages. De même, le projet exploite une partie du bâti existant qui constitue aussi, après autant d'années (près de 30 ans), une forme d'âme du lieu. Le projet architectural s'attache à la fois à donner un visage, affirmer une présence, renforcer l’identité de L’Ancre. Il le positionne aussi comme un maillon de la chaîne des équipements culturels de la cité, rassemblés, et c'est exceptionnel, sur quelques kilomètres carrés seulement.

Entre l'urbain et le jardin

L'architecture fait écho à celle de l’Hélios et de l’école de Bosquetville pour créer une nouvelle porte de ville. A l'intérieur, elle offre à l'Ancre, via ses 2 salles, un outil scénographique comparable à celui du Théâtre national.

La grande salle (400 places) est logée rue de Montigny. Elle affirme la silhouette d’un lieu de spectacles, tout en restant dans l’alignement des habitations voisines. Le volume construit est structuré par un ensemble de décrochements qui renforcent l’impression que l’espace public se glisse à l’intérieur du bâtiment. ll s'ouvre sur un vaste foyer, espace d’accueil et bar-brasserie, sorte d’antichambre entre l’espace urbain et l’espace jardin. Cet espace se distingue par sa polyvalence : foyer d’accueil, bar, brasserie-restaurant, lien avec le jardin, mais également lieu de spectacles sous petites formes, concerts, etc.

Conçue comme un théâtre dans la verdure, la petite salle (100-130 places) sera, elle, comme déposée sur le sol qui sera travaillé en gradins, épousant la pente du terrain. Il s’agira d’une construction légère en bois qui pourra ouvrir sa scène vers le jardin à l’occasion de festivités spécifiques. La pente du terrain est un atout : l’étage côté rue de Montigny est le rez de la rue d’Assaut. C’est le niveau « Plateaux ». Foyer des artistes et des techniciens, passage obligé pour l’administration et la promotion, point focal des résidences, les dégagements de scènes sont des points de ralliement. Les bureaux s'inscrivent au coeur du lieu et des salles. Les résidences d’artistes prennent place au sein des deux maisons de la rue d’Assaut. Les accès publics vers les salles sont clairs : deux cages d’escaliers accompagnées d’un ascenseur, côté rue de Montigny pour distribuer la grande salle. Un large escalier également accompagné d’un ascenseur vers le jardin et la petite salle.

Côté briques

L’identité de ce nouvel Ancre est un croisement de choix techniques tenant compte de la construction, du budget, ainsi que de la vie du théâtre et du quartier pendant le chantier.

Les travaux lourds sont évités en intérieur de l’îlot et se concentreront côté rue de Montigny. Construction en bois pour la petite salle, en béton pour la grande. Bardage en bois pour la petite salle, enduits sur isolant pour la grande. La façade sur la rue de Montigny sera le porte-drapeau de l’identité du théâtre par l’affichage de sa programmation sous de multiples formes. Une attention toute particulière sera également accordée aux toitures. De type industriel par les panneaux photovoltaïques sur la toiture de la grande salle, végétal par les toitures en intérieur d’îlot, elles feront partie intégrante du paysage urbain et naturel qui caractérise l’environnement de l'infrastructure.

On l'imagine aisément en découvrant ce développement architectural, les travaux entrepris seront d'envergure. Cependant, les différents partenaires du projet avaient envisagé dans un premier temps de poursuivre l'activité théâtrale dans le lieu. Finalement, ils y ont renoncé et c'est sans doute par des saisons décentralisées qu'il faudra passer avant de réinvestir un centre théâtral moderne, confortable et tourné vers l'avenir.